Posté le 22.02.2008 par centristepragmatique
Permettez-moi de vous exposer les raisons pour lesquelles la récession actuelle ne semble pas présenter de points communs avec celle de 1929, comme l'affirme par exemple Mr Attali. Attention, ces 5 articles qui se suivent ne sont qu'un socle de réflexion. Il peut y avoir quelques erreurs de ma part du fait de mon manque d'expérience. L'objectif est avant tout d'élaborer et de développer ma réflexion sur ce support qu'est le blog, mais cela ne relève aucunement d'une marque de prétention quelconque.
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Posté le 22.02.2008 par centristepragmatique
En effet, avec
4% de croissance annuelle depuis quelques années, contre 2,8% de moyenne entre 1922 et 1929, l’économie Mondiale semble mieux armée pour faire face à cette nouvelle récession qui s’annonce. La Chine et l’Inde battent des records de croissance (plus de 10% pour le premier et jusqu’à 9% pour le second), et ce ne sont
plus les Etats-Unis qui sont les seuls moteurs des échanges internationaux. Elle dispose d’institutions internationales telles que
l’OMC (Qui a remplacé en 1995 la défunte GATT mise en place au lendemain de la guerre en 1947) le
Fonds Monétaire International (Bien que fortement remis en cause) ou encore la
Banque Mondiale, qui se chargent de promouvoir le libre-échange et d’abolir progressivement le protectionnisme par la suppression de contingentements, la baisse des tarifs douaniers, ou encore la lutte contre la concurrence déloyale entre pays riches et pays pauvres. Si la Mondialisation n’est
pas un phénomène nouveau dans l’Histoire humaine, elle prend une tournure particulière aujourd’hui dans le rythme d’accélération puisque le montant des échanges s’accroît beaucoup plus vite que la croissance même, même si il peut connaître quelques fléchissements conjoncturels.
Posté le 22.02.2008 par centristepragmatique
En effet, malgré la hausse du commerce extérieur à l’époque, les économies demeuraient
nettement moins ouvertes avant 1929, d’abord à cause des
contraintes spatio-temporelles (le transport aérien et maritime n’était pas à la hauteur de ce qu’il est aujourd’hui), et ensuite les sociétés de l’époque étaient de plus en plus sceptiques vis-à-vis des vieilles valeurs libérales et classiques qui prônaient le libre-échange depuis la Révolution Industrielle du XIXème siècle. L’URSS a
fermé ses frontières depuis la Révolution Bolchevique de 1917 du fait de la création d’un régime autarcique et profondément anticapitaliste. L’exemple de la France avant 1929 semble également pertinent, le pays étant à l’époque encore largement rural et dont les entreprises à l’étranger restaient peu compétitives. Les sirènes du protectionnisme gardaient un certain écho dans la classe politique française (de droite ou de gauche) et par conséquent le pays a connu les effets de la crise de 1929 de manière beaucoup
plus tardive et
moins violente. Des pays très intégrés dans l’économie Mondiale de l’époque comme l’Allemagne, l’Angleterre ou l’ancien Empire Austro-hongrois ont connu un véritable effondrement économique qui prenait un caractère structurel avec un taux de chômage qui dépassait largement les 20%. Le
totalitarisme prenait une part croissante dans la vie politique européenne, notamment en
Italie (Mussolini au pouvoir depuis 1922) ou en
Hongrie (Horthy depuis 1919) et après en
Allemagne (Hitler prendra le pouvoir en 1933 après une première tentative de putsch en 1923 suite à l’hyper-inflation allemande). Certes de nombreux partis extrémistes ont tendance à s’enraciner aujourd’hui dans la vie politique européenne (Le FN en France, le parti xénophobe autrichien de Jorg Haider, les partis populistes en Europe de l’Est, etc.) mais ils n’ont
plus ce caractère de mouvement de masse de l’après 1919. Ce mouvement de xénophobie actuelle est plutôt une
réaction à la Mondialisation croissante de l’économie, le brassage des cultures, la volonté de ne pas céder à la standardisation anglo-saxonne d’un côté et l’islamophobie de l’autre, et
non à la frustration du partage des frontières, comme l’après 1919 et le diktat du traité de Versailles catastrophique pour les Empires centraux et Orientaux (Empire allemand, Austro-hongrois et Ottoman). On peut également souligner que le redécoupage de l’Europe a construit
des frontières de manière artificielle qui pénalisait les échanges internationaux dans des Etats rassemblant plusieurs Nations où circulaient librement les capitaux, les marchandises et les personnes.
L’heure était à la remise en cause du libéralisme économique et à la
demande croissante d’interventionnisme étatique, comme le montrera plus tard Keynes avec son fameux ouvrage en 1936,
Théorie Générale de la monnaie, de l’équilibre et de l’emploi. L’inflation était véritablement galopante (la fameuse hyperinflation en 1922-23 en Allemagne avant la relance du Docteur Schacht) même si on pouvait constater également des périodes de forte déflation que l’on ne connaît plus aujourd’hui ,
sauf au japon qui demeure une exception puisque la gravité de la crise depuis les années 90 s’est reflété dans une chute des prix qui a eu une incidence grave sur la conjoncture économique nippone.
Posté le 22.02.2008 par centristepragmatique
On est loin également aujourd’hui des
systèmes coloniaux de l’époque (exemple du Commonwealth pour l‘Empire Anglais ou de l’Empire français) ou les métropoles échangeaient à sens unique des
produits manufacturés contre des matières premières. Le clivage traditionnel Nord-Sud est devenu plus complexe, avec la tendance à long terme à la
convergence de certaines économies. Un phénomène de transferts de technologies est perceptible, les pays du Sud exportent encore des
produits à forte intensité travaillistique et à
faible Valeur Ajoutée mais se diversifient de plus comme l’illustre l’exemple de la Ratan Tata, la voiture indienne la moins chère au Monde avec un tarif qui s’élève à seulement 1700Euros. Pour l’instant la France affiche ses ambitions en matière nucléaire (Areva qui signe des contrats en Chine, Libye, etc.), aéronautique (Airbus) et dans des secteurs de Haute technologie mais doivent faire face à la
montée en puissance de la Chine qui investit plus de 4% de son Produit Intérieur Brut à la Recherche&Développement contre 2% pour la France et d’autres pays de l’Union Européenne.
Certains pays sont sortis de l’ombre, notamment les pays émergents qui deviennent moteurs de la croissance Mondiale. Les Etats-Unis ne sont
plus les créanciers du monde, comme après 1919, ou le problème de remboursement des indemnités de guerre allait s’éterniser jusqu’au conflit Mondial de 39-45. Le déficit commercial américain
s’accroît aujourd’hui (Plus de 6% du PIB aux Etats-Unis), les ménages américains s’endettent comme à l’époque avant 1929, sauf que ce ne sont plus les banques européennes et celles de Londres qui financent les déficits commerciaux mais les hedge funds, les Banques japonaises ou les fonds souverains des Pays du Golfe, de la Norvège, de Chine qui risquent d’ailleurs de
poser de sérieux problèmes politiques à l’avenir, bien qu’ils apportent de nouvelles liquidités pour les Banques à bout de souffle dans un contexte de tension sur les marchés financiers. On risque ainsi de voir émerger à nouveau le
spectre du protectionnisme, comme en France aujourd’hui où les dirigeants prônent le «patriotisme économique » et interviennent de plus en plus souvent dans les opérations de fusions-acquisitions (Les Offres Publiques d’Achat telles que GDF-Suez, EDF, Société Générale, etc.)
Posté le 22.02.2008 par centristepragmatique
Il existe aujourd’hui des institutions supra-nationales qui
veillent au bon déroulement des affaires financières, certains pays ayant même fait le choix de
céder une partie de leur souveraineté pour l’intérêt commun d’une région intégrée à laquelle il appartiennent. L’exemple le plus frappant reste l’Union Européenne et en particulier la zone Euro qui s’était fixé comme objectif lors du traité de Maastricht de limiter l’inflation à seulement 2% par an, le déficit budgétaire à 3% du PIB, et l’endettement public à moins de 60% du PIB. Les pays qui ne respectent pas ces critères sont
sanctionnés par la Communauté, qui s’est élargie à 15 depuis l’arrivée depuis 2007 de la Slovénie, puis de Chypre et Malte. L’interdépendance entre les pays est croissante du fait de la politique européenne d’intégration communautaire, l’abstraction des frontières par le Traité de Rome de 1957, l’Acte Unique Européen de 1986 et le Traité de Maastricht en 1992 sans parler des adhésions successives de nouveaux pays (l’Union Européenne s’élève à 27 membres) qui conduisent à
renforcer la concurrence entre Etats mais aussi à la
convergence des économies du fait du transfert de fonds structurels dans des régions en retard de développement afin de réduire les disparités régionales .
On peut également souligner que même si l’Euro prend une part croissante dans les devises internationales il ne représente encore que
25% des transactions financières contre
75% pour le dollar qui s’est affaibli très fortement ces derniers temps. Le Gold Exchange Standard de l’époque n’a rien à voir avec le système des changes flottants que l’on connaît aujourd’hui, les Accords de Bretton Woods de 1944, système de parité fixe entre les monnaies ayant volé en éclat depuis les années 70. Aujourd’hui l’Or est
considéré seulement comme une matière première, il apparaît d’ailleurs comme une
valeur refuge face à la fragilité de la Bourse dans un contexte incertain de hausse du prix des matières premières.
Posté le 22.02.2008 par centristepragmatique
On peut également souligner la hausse constante et régulière du
prix des matières premières (le baril de pétrole dépasse désormais les 100 dollars), l’Humanité doit faire face à la
rareté croissante de certaines sources d’énergie, provoquant des enjeux géopolitiques qui n’ont rien à voir avec le contexte de 1929. Aujourd’hui des pays prennent
conscience de l’enjeu stratégique de leurs produits et en profitent pour faire entendre leurs revendications (exemple : Russie avec l’Ukraine, la Moldavie, la Biélorussie). La Crise actuelle au Darfour et les difficultés pour envoyer des troupes sous mandat international sont principalement dus à la Chine qui soutient le régime au Soudan en place avec ses réserves importantes en hydrocarbures. En effet, avec la
croissance exponentielle de la demande en matières premières dans les pays émergents et particulier en Chine (pays peuplé de 1 ,3 Milliards d’habitants), la tension sur les prix se fait nettement sentir dans le Monde, la
découverte de nouveaux forages tendant à décliner, certaines zones autrefois auto-satisfaisantes en pétrole se trouvent contraintes d’importer (exemple de la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis). Le pétrole n’est
pas la seule matière première concernée par la hausse des prix, le cuivre, la bauxite et d’autres métaux sont concernés par la tension actuelle.
Avec la faiblesse du dollar, les ménages américains subissent de plein fouet
la hausse constante du pétrole, mais aussi des besoins primaires tels que
l’alimentation. Certains économistes parlent même, aujourd’hui du
retour à la stagflation, un phénomène que l’on a connu dans les années 70 et qui provoque un arbitrage douloureux pour les Banques Centrales entre
lutte contre l’inflation (Une posture qu’a choisit d’adopter la Banque Centrale Européenne) ou
contre le chômage et la récession (C’est principalement le choix de la FED). L’inflation en rythme annuel en ce début 2008 s’élève à 4% aux Etats-Unis contre 3 % dans la zone Euro qui s’était pourtant fixé pour objectif de limiter l’inflation en rythme annuel à 2%. Cette orthodoxie monétaire européenne n’est
sans commune mesure avec la rusticité de l’époque, la théorie quantitative de la monnaie développée par Milton Friedman dans les années 70 ayant largement inspiré nos contemporains contrairement aux économistes de l’époque. Les années 1929 étaient plutôt marquées par des dévaluations successives de la monnaie, tandis que nous constatons aujourd’hui un Euro qui
prend une valeur de plus en plus grande (1€50 pour 1$ aujourd’hui) et prend du poids dans les échanges internationaux. Il est vrai qu’un Euro fort peut pénaliser des pays dont les entreprises
manquent de compétitivité (exemple de la France et de l’Italie) mais il permet également de
réduire la facture des importations et en particulier du pétrole, les échanges étant encore effectués principalement en dollar dans le Monde.
Avec un fléchissement de la conjoncture et des prêts à taux variables que certains ménages défavorisés
ne peuvent plus rembourser (Les fameux subprime), l’immobilier connaît un fléchissement sévère qui touche les banques, comme en 1929 sauf que le contexte de l’époque révélait plutôt une
économie en sous-emploi avec des facteurs de production non-utilisés, du
capital oisif, une offre de travail trop forte par rapport à la demande et une offre de biens et services qui était inadéquate avec l’évolution de la société de consommation, qui nécessitait le
développement du fordisme, la généralisation du travail à la chaîne, la mise en place du « five dollars a day », la standardisation des produits, etc. Nous nous trouvons aujourd’hui dans une société post-industrielle avec un mouvement de tertiarisation de l’économie qui se prolonge depuis la crise des années 1970. L’heure n’est pas au fordisme mais au modèle
toyotiste, avec l’exigence croissante de
flexibilité des entreprises, de
polyvalence des salariés, l’importance des
délais de livraison de plus en plus courts dans un contexte de concurrence exacerbée par la Mondialisation. Dans les Pays Développés à économie de marché, l’Emploi est à
75% concentré dans les services , seulement
20% dans l’industrie et moins de 5% dans l’agriculture. Ce dernier secteur continue à décliner depuis de longues années selon des critères quantitatifs même si la hausse actuelle du prix de l’alimentation relance les chances de relancer l’agriculture d’autant plus que de
nouvelles opportunités s’offrent aux agriculteurs (Développement des biocarburants, l’agriculture bio, etc.) D’ailleurs on peut souligner le fait que la crise actuelle sur l’alimentation profite largement aux agriculteurs occidentaux, contrairement à celle de 1929, où ceux-ci ont connu un endettement croissant du fait de la
chute des cours de l’époque (en particulier du blé)
Posté le 17.02.2008 par centristepragmatique
Ce 17 février 2008 restera marqué par un événement historique dans l’Histoire de l’Europe, l’indépendance sous supervision internationale de l’ancienne province de Serbie, le Kosovo, un territoire de 2 millions d’habitants (pas plus gros que la Corse) qui suscite la surenchère depuis des décennies. Cette indépendance sous supervision internationale est sur le point d’être reconnu par quatre « Grands Pays » (USA, Grande-Bretagne, France et Italie) exécutant ainsi le plan préconisé depuis plusieurs mois par Martti Ahtisaari, le représentant aux Nations Unies au Kosovo, chargé de trancher sur l’épineuse question du Kosovo.
I) Pourquoi l'indépendance et les réticences de la Serbie
1) Le Kosovo, une province constitutive de l’identité Serbe
Ce territoire peuplé à plus de 90% d’albanais, serait selon les serbes le berceau linguistique et culturel de la civilisation serbe, le lieu historique de la fameuse
« Bataille du Champs de Merles » (Kosovo Poljé) le 28 juin 1389, lorsque les Serbes furent écrasés par les Turcs. Pour les Serbes, cette bataille contre les ottomans signifie la fin de l'age d'or serbe, le début de l'oppression et les conversions forcées à l'Islam pendant plusieurs siècles jusqu’à son indépendance. Une légende serbe raconte que le Prince Lazar aurait eu le choix entre le Royaume Terrestre (qui signifie la victoire serbe contre l’Empire Ottoman) et le règne au Royaume des cieux (qui implique donc la défaite des Serbes) et celui-ci aurait choisit la seconde option, expliquant ainsi la déroute des serbes et son écrasement politique jusqu’à son indépendance au Congrès de Berlin de 1878. Ce mythe est
instrumentalisé par les nationalistes, que ce soit aujourd’hui par l’ultra nationaliste Nikolic ou autrefois Milosevic et notamment à l’occasion du 600ème anniversaire de la bataille du Kosovo Polje et la suppression du statut d’autonomie accordée en 1974 par Tito dans le cadre de la République fédérative de Yougoslavie, et la politique de collectivisme décentralisé caractéristique du communisme à la sauce yougoslave
2) Une indépendance inévitable
L’indépendance était
inévitable et ce pour plusieurs raisons.
Les communautés albanaises et serbes vivent complètement séparés depuis longtemps et en particulier depuis 1991 et la première proclamation unilatérale albanaise non reconnue par la communauté internationale de Republika de Kosovë par le leader du Parti démocratique albanais du LDK Ibrahim Rugova. Pour marquer leur distance par rapport aux Serbes, les albanais s’étaient
retirés des institutions yougoslaves dans le cadre d’une
lutte pacifique en particulier dans l’éducation. Le boycott des élections, le retrait des étudiants, des professeurs de l’Université dans des locaux privés avec la complicité de la population albanaise ont scellé la
constitution d’une société parallèle et dissidente en opposition à Belgrade. Depuis, les jeunes générations albanaises ne
parlent plus le serbe et ce qui pouvait autrefois les rassembler dans le cadre de la Yougoslavie est parti en fumée après la Guerre de 1998-1999, les crimes de guerre de l’armée serbe et l’expulsion de la population locale dans le Sud de la Serbie.
Les spécialistes estiment également que la
Seconde Guerre Mondiale et l‘après-guerre ont été le tournant dans la communautarisation croissante du Kosovo et la séparation des différentes nationalités. Les albanais ayant collaboré de manière plus ou moins forte avec les nazis pour le massacre des Serbes pendant la Seconde Guerre Mondiale, la réconciliation entre les deux communautés n’a pu se faire de manière aussi sereine qu’entre la France et l’Allemagne puisqu’il n’y a eu
aucun travail de mémoire et de reconnaissance des crimes perpétrés par les membres de chacune des deux communautés. Le régime de Tito s’acharnait à exalter les
rares cas de résistants albanais et serbes qui ont lutté ensemble contre le nazisme. On cherchait absolument à écraser les nationalismes sans autoriser un
débat démocratique sur les crimes du passé et la nécessaire réconciliation des Serbes et Albanais . Ainsi s’est développé pendant les décennies de Tito une mémoire parallèle dans un cadre non démocratique qui s’opposait à la mémoire officielle entretenant la méfiance entre les communautés.
3) Une conception occidentale à remettre en cause
Cette indépendance du Kosovo nous montre à quel point ce vieux principe issu des Lumières du
« droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » est une conception légitime mais fondamentalement dangereuse. Certes l’indépendance du pays était inévitable mais le débat n’est pas là. Quelles vont être les conséquences politiques en Europe de la création de ce nouvel Etat ? Comment vont réagir
les Serbes en Bosnie avec la République Srpska ? Vont-ils faire sécession ? C’est sur ce
même principe du droit des peuples qu’ils comptent aujourd’hui se séparer de la Bosnie, comme la forte minorité albanaise en Macédoine qui a toujours de manière plus ou moins explicite la volonté de s’émanciper. Qu’est-ce qui va se passer
en Belgique avec une Flandre qui manifeste de plus en plus sa volonté séparatiste ? L’Espagne en
Catalogne et au
Pays Basque ? Et que dire de certains conflits gelés peu médiatisés tels que l’enclave russe en
Transnistrie située entre l’Ukraine et la Moldavie? La
Roumanie qui craint les tentations séparatistes de la forte minorité hongroise, notamment en Transylvanie ? En
Russie avec l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, qui réclament ce soir leur indépendance (le 17 février donc) ainsi que la Tchétchénie ?
II) Le risque du démantèlement des grandes nations et l’importance de l’Europe
1) Quelles conséquences en Europe ?
Ce n’est pas par hasard que Mr Poutine expliquait que la Chute de l’Union Soviétique est la plus grande catastrophe de l’Histoire du XXème siècle. Même si je ne partage pas du tout ce point de vue il exprime ainsi le
sentiment de la majorité de la population de ces pays (Russie et Serbie), déboussolés par la perte de nombreux territoires. Je vous attire votre attention sur la gravité de la situation en Serbie, un pays qui a toujours eu le rêve de la
« Grande Serbie » et qui a perdu depuis dix ans la Slovénie, la Croatie, la Bosnie, la Macédoine, le Monténégro et le Kosovo maintenant, le berceau de sa civilisation. La situation semble
analogue à la République de Weimar de 1919 suite au Diktat du traité de Versailles, un taux de chômage extrêmement élevé (40% en Serbie), de lourdes pertes territoriales et l’exaltation du nationalisme. 50% ont voté pour le pro-européen Tadic mais aussi 47% pour l’ultra nationaliste Nikolic, qui estime que le massacre de Srebrenica perpétré par les Serbes n’est pas un génocide et qui refuse de livrer les criminels de guerre serbes tels que Mladic…
2) L'adhésion de la Serbie vitale pour la stabilité en Europe
Il va sans dire que un
accord de stabilisation et de coopération économique, préalable à l’adhésion à l’Union Européenne, est une condition non seulement nécessaire mais indispensable à la stabilisation de la région. Sur quel fondement a été formé la Communauté Européenne du Charbon et de l’acier ? Sur la
paix, la
réconciliation franco-allemande comme moteur de la construction européenne et la prospérité en Europe
par l’interdépendance croissante des économies et la construction
d’intérêts communs entre les pays. C’est sur ce même principe que doit être envisagé l’adhésion de ces pays. De toute façon ce n’est pas leur taille qui conduira au blocage de l’Union Européenne. Force est de constater que sur les grands projets de l’Union Européenne (Politique étrangère européenne, la PAC) ce ne sont pas les nouveaux pays entrants depuis 2004 qui font le blocage mais les grands pays (En particulier la Grande-Bretagne et la France). Certes le pachyderme Kaszynski est toujours au poste de Président de la République en Pologne, et son frère jumeau ancien Premier Ministre, avaient montré un égocentrisme désagréable en ayant perturbé les négociations du Traité simplifié, mais ce dernier a été remplacé par un pro-européen convaincu en la personne de Donald Tusk. Que dire des
grandes nations telles que la Grande-Bretagne avec son refus de la politique étrangère commune, le refus de l’entrée dans la zone euro et même la charte des droits fondamentaux sans parler de
la France et les Pays-Bas qui avaient voté en 2005 contre la Constitution Européenne ?
Posté le 30.08.2007 par Aymeric Vaudaine
Quelle Europe veut-on pour demain ?
-Soit un immense marché commun avec une zone de libre-échange sur le modèle anglo-saxon qui
favorise la circulation des capitaux, des marchandises et des personnes. Il autorise naturellement l'adhésion de nouveaux pays dans ce vaste espace qui rassemble quelques 500 millions d'Européens
-Ou bien la constitution d'une grande organisation supra-nationale, qui prend la forme soit d'une
association d'Etats (comme c'est le cas actuellement...) ou bien d'une
fédération d'Etats décentralisée sur le modèle allemand ?
I) Qu'attend-on de l'Europe ?
1) Pas d'unité politique sans libre-échange
Cette question s'est toujours posé depuis la création de la CECA en 1951 par les responsables politiques français et allemands avec la coopération des pays du Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) et de l'Italie, et les élargissements successifs de cette association d'Etats, notamment l'arrivée de la Grande-Bretagne dans la CEE qui a soulevé cette question de l'unité européenne et qui fait sans arrêt l'objet d'un clivage politique.
Il ne peut y avoir d'unité politique sans libre-échange, et inversement il ne peut y avoir de libre-échange sans un minimum d'unité politique
Comment l'Allemagne a-t'elle constitué une nation unifiée ? Pas seulement par la solidarité des peuples germaniques contre l'ennemi français après 1870, mais aussi
par la création d'un grand espace de libre-échange (Zollverein) et des
solidarités étatiques qui ont forgé l'unité allemande, notamment le système innovant de retraite financé par l'Etat et la sécurité sociale, un modèle qui s'étandra à toute l'Europe et qui cherche à se renouveler avec l'accélération de la mondialisation.
2) Quelle frontière pour l'Europe ?
La question de l'Europe de demain se pose en réalité sous ces termes. Où sont les frontières de l'Union Européenne ? Combien d'Etats peuvent adhérer à cette institution politique unique au Monde ? Y-a-t'il une dimension culturelle ou religieuse à l'adhésion de certains de ces pays?
Je pense pour ma part que l'unité européenne ne peut se faire
sans l'adhésion dans un premier temps de tous les peuples européens, hormis la Russie et peut-être l'Ukraine, autrement dit
les 27 pays qui font déjà partie de l'UE, plus tous les pays de la région balkaniques (Albanie, Serbie, Croatie, Monténégro, Kosovo, Bosnie-Herzégovine, Macédoine). Tous ces pays ne représente guère plus de 25 millions d'habitants.
Quel est l'intérêt de l'adhésion de ces pays ?
Elle permettrait de résoudre une bonne fois pour toute
la question des frontières dans les Balkans qui fait sans arrêt l'objet de querelles inter-ethniques depuis 1912 et la chute de l'Empire Ottoman. Ces nombreux confits ont conduit à des
nettoyages ethniques sanglants, des vagues d'immigrations et des déplacements de populations sans fin qui ont conduit à la pauvreté, la criminalité (trafic de drogue, esclavage humain, etc...) et autres conséquences désastreuses de la guerre, telles que la violence entre communautés.
Prenons exemple sur la France qui a occupé une partie de l'Allemagne (Saarland + une partie de la zone de Baden-Wurtenberg) après 1945 et qui souhaitait annexer la Saarland dans son territoire afin d'en tirer les avantages de ses richesses naturelles (charbon). Cette volonté française s'est heurté à la volonté d'unité allemande et aurait pu dégrader durablement les tentatives de réconciliation entre les deux pays. Cette question a pu se régler
pacifiquement grâce à la Communauté européenne qui a favorisé les échanges intra-européens grâce à
la suppression progressive des droits de douane et l'abstration des frontières. Aujourd'hui la Saarland appartient juridiquement à l'Allemagne mais a largement profité de ses relation économiques avec la France.
La zone des Balkans a un héritage européen avec des populations différentes qui se querellent depuis longtemps et qui ont la capacité de déstabiliser l'Union Européenne si la résolution pacifique
des frontières entre Etats n'est pas entérinée et si la croissance économique par le libre-échange n'est pas au rendez-vous. Sans leur adhésion dans une zone supra-nationale, cette région continuera à
produire du chômage (il s'élève au Kosovo à 70% et en Serbie à 45%...), de la
criminalité organisée, des vagues d'émigration qui
déstabiliseront l'Union Européenne à long terme....
II) Un débat qui ne doit pas prendre une tournure religieuse
1) Le débat sur la Turquie
Je pense qu'il est
dangereux de prendre en compte l'aspect religieux de chaque pays et notamment de la Turquie, car cela ne conduirait qu'au renforcement des incompréhensions entre communautés.
La Turquie est effectivement un pays dont l'héritage culturel est musulman.
Toutefois il serait
peu judicieux de l'exclure de l'Union Européenne sous prétexte qu'elle n'a pas la même culture que la vieille Europe. Il s'agit d'un peuple d'origine indo-européenne au même titre que les français et autres peuples européennes dont la langue officielle est radicalement différente de celle de l'arabe. Depuis 1924, le pays est devenu une République laïque, avec une Constitution qui rend illégitime un gouvernement qui souhaiterait violer les principes de la laïcité.
Il est également
exagéré d'estimer que le parti au pouvoir (l'AKP) dont les valeurs musulmanes sont très largement mises en avant, menace l'intégrité de la laïcité en Turquie, car cette forme d'islamisme
se distingue clairement du type d'islamisme pratiqué dans de nombreux pays arabes. Ce parti au pouvoir a toujours eu des
objectifs progressistes et pragmatiques, et vise à l'adhésion tôt ou tard dans l'Union Européenne, au même titre que l'opposition laïque sociale-démocrate turque soutenue par les pays Occidentaux.
J'étais auparavant défavorable à son adhésion dans l'Union Européenne comme la plupart des français et aujourd'hui je pense que ce pays doit adhérer, ne serait-ce que
pour améliorer les relations avec le Monde musulman et pour la
meilleure compréhension des différentes confessions religieuses.
2) L'identité européenne
Ce n'est pas la religion qui fait l'identité européenne, bien au contraire. L'Europe et tous les peuples européens ont cet héritage commun,
la Grèce Antique qui a influencé le Monde méditerranéen, puis
Rome et ses conquêtes, le schisme religieux de 1054 entre l'Empire byzantin d'Orient orthodoxe et l'Empire Romain d'Occident catholique, puis la formation de
nouvelles confessions religieuses (l'Eglise protestante, anglicane) ainsi que
l'arrivée de l'Islam en Europe avec l'Empire Ottoman aux portes de Vienne en 1562. Il a laissé des traces partout dans les Balkans et dans une partie de l'Europe Centrale (La Hongrie et ses Bains Turcs à Budapest)... Cette diversité culturelle est à la fois sa richesse et sa faiblesse, qu'il est
impératif de surmonter par le rassemblement des Européens pour la survie de l'UE.
Votre avis m'intéresse...Il s'agit d'un débat important qui soulève de très nombreuses questions et qui mérite d'être abordé sans tabou
Posté le 07.07.2007 par Aymeric Vaudaine
I) Analyse du modèle français
Comment les émeutes de novembre 2005 ont-elles été possible ? Est-ce un choc de civilisation ? Comment fonctionne l'intégration à la française ?
Il s'agit d'un modèle qui ne laisse
aucune place au à l'intégration communautaire et à la diversité des cultures. En effet, la France a toujours privilégié
l'intégration par assimilation des autres communautés (polonais, italiens, espagnols) c'est-à-dire
l'abandon partiel ou total de sa culture d'origine pour intérioriser les normes et valeurs de son nouveau groupe.
L'exemple du débat sur le voile est particulièrement frappant. En France très peu de personnes portent le voile et pourtant le débat a déclenché les passions les plus violentes (ce que j’appelle volontiers de l’hystérie collective…) qui ont surpris certains observateurs étrangers.
Les français n'acceptent pas les différences, ils rejettent implicitement la diversité et souhaitent que les immigrés soient partiellement ou totalement assimilés dans la culture française. Mais la France a toujours procédé ainsi, notamment lorsqu'elle disposait d'un Empire colonial (ex : l’Algérie avec deux départements
soumis aux législations de la métropole sans prise en compte de la culture locale) ou lorsque la IIIème République a
cherché à supprimer les patois et langues locales (ex: les Bretons) afin de pouvoir forger définitivement la nation française.
On hérite ici de cette
culture centralisatrice et égalitariste typiquement française qui consiste à
assimiler tous les individus des différentes communautés autour d'un modèle Républicain dans lequel tout le Monde théoriquement se reconnaît. Les Anglais n'ont pas du tout cette vision des choses et préfèrent
l'intégration communautaire, que les français rejettent en qualifiant ce type d'intégration de "communautarisme". Il est vrai qu'en Grande-Bretagne on voit plus souvent de femmes voilées dans la rue car on accepte beaucoup plus les différences. Mais quelles sont les conséquences de l'assimilation à la française ?
Les banlieues sont devenus de véritables lieux d'
anomie (absence ou déficience de règles sociales communément acceptées de telle sorte que l'individu ne sait plus comment orienter sa conduite) qui ont des conséquences multiples sur le comportement des individus :
1)
L'escapisme (absentéisme à l'école, électoral, etc...) et la marginalisation progressive des individus qui peut aller jusqu'au suicide puisque l'individu ne trouve plus de sens à son existence
2)
La délinquance dû au "mal de l'infini" défini par Durkheim dans une société de consommation qui pousse à accumuler les richesses et besoins sociaux socialement valorisés
3)
Des mouvements de révolte qui n'ont semblent-ils aucun message politique apparent ni des revendications précises quand à l'amélioration de leurs conditions de vie. Ces jeunes qui ont brûlé des voitures ou des écoles n'ont en réalité aucun espoir ni de perspectives d'avenir et se réfugient dans la violence pour évacuer leurs frustrations.
II) Un problème immatériel
1) Un manque d'identité
Les sociétés modernes et parmi elles la France connaissent des avancées technologiques fulgurantes auxquelles chaque individu a aujourd'hui accès (chaque ménage dispose d’un équipement informatique, un portable, l'eau courante, etc...) et pourtant on a jamais vu un tel mal-être, notamment dans les banlieues. Leur problème n’est pas en réalité matériel mais bel et bien
immatériel, c’est-à-dire que progressivement de nombreuses personnes d’origine immigrés ont perdu leur identité, aliénés à l’opinion dominante qui leur exige de renier leurs origines. Il manque pour ces jeunes une véritable
identité. Ils ne sont pas vraiment reconnus comme français alors qu'ils y sont nés et que leur famille y est installée depuis deux générations, provoquant un sentiment de révolte et une perte de repères néfaste pour l'individu.
Ce problème d'absence de repères est
spécifiquement français, la France étant un pays depuis la loi de 1905 profondément laïque qui sépare radicalement l'Eglise et les autres religions de l'Etat. Cette loi a certes eu des
effets positifs pour l'intégration de nombreux français d'origine étrangère ayant une religion proche de celle du catholicisme (ex: juifs, protestants...) mais elle a aussi eu des
effets pervers dans les banlieues où résident des immigrés de confession musulmane méprisée par la population française et contraints d'abandonner leur culture d'origine. Elle a conduit à assimiler les populations autour d'une société devenue
athée, laïque et sans véritables idéaux ni utopies, une société de droit sans devoir qui structurent la personnalité d'un individu.
2) L'importance du travail qui fait tant défault
Le travail est quoiqu’on en dise un facteur d’intégration. Nous vivons en effet dans une société industrielle où le travail est une
valeur fondamentale, contrairement aux sociétés traditionnelles, comme dans l'Ancien Régime où le seigneur ne voulait pas travailler de peur de déroger.
Ce qui manque aujourd'hui est véritablement du travail (
jusqu'à 40% de chômage dans les banlieues) et des
perspectives d'avenir qui permettent d'accéder à la conscience de soi, de ses possibilités et surtout de s'intégrer dans le corps social. Comme disait Bergson, le travail permet de
"reprendre possession de soi et se replacer dans la pure durée", une marque de liberté en d'autres termes. On refuse de s'inspirer d'autres pays européens qui ont pourtant le plein-emploi (G-B, Pays Scandinaves,etc...) soi-disant parce qu'ils auraient "renoncé" et auraient appliqué une politique libérale au détriment des plus pauvres. C'est vrai que le nombre de travailleurs pauvres en Angleterre est plus élevé qu'en France et pourtant il semblerait que les salariés anglais soient mieux dans leur peau que les français selon des enquêtes d'opinion. Pourquoi ? Parce qu'ils savent que leur pays a
5% de chômage et un taux d'emploi de 73% (
contre 10% de chômage en France, avec un taux d'emploi de 63%...) et ils peuvent légitimement avoir une perspective d'avenir, même si les conditions immédiates ne sont pas très favorables.
La crise du CPE a d'ailleurs montré le décallage de la gauche bourgeois-bohème par rapport à ces réalités. Les message que j'ai pu voir au lyçée tels que
"c'est pas mieux que rien mais pire que tout" est en réalité totalement erroné, d'ailleurs il est intéressant de souligner que les manifestants dans la rue n'étaient pas des jeunes sans diplômes qui sont sortis du système scolaire, mais des étudiants,
fils de cadres et professions intellectuelles supérieures aux fantasmes révolutionnaires...
Posté le 28.06.2007 par Aymeric Vaudaine
I) L'amertume
Tout d'abord je ne voudrais pas revenir sur des sujets qui fâchent en France, mais franchement si on avait voté oui au référendum sur le Traîté Constitutionnel,
on n'en serait pas là aujourd'hui. Malgré l'optimisme de façade des chefs d'Etat, je ne peux m'empêcher de me dire que depuis le Traîté de Nice en 2000, le constat est particulièrement amer. Pas d'avancées significatives, on est très
loin de l'enthousiasme post-guerre avec la fondation de la CECA (Communauté Européenne du charbon et de l'Acier) en 1951 par Robert Schuman et Konrad Adenauer. Il est loin le temps où on parlait d'Europe supra-nationale, voire même d'une identité européenne.
Les vieux fantômes sont ressortis du placard, et un véritable dialogue de sourd s'est installé dans l'Union Européenne. Seule quelques vieilles barbes ont conservé un bien maigre enthousiasme pour l'Europe et peu sont véritablement fédéralistes
On se trouve bloqué entre le
traditionnel scepticisme britannique (quelqu'un peut-il m'expliquer ce qu'ils font dans l'Union Européenne ?), des
pays peu favorables au fédéralisme (La Suède et le Danemark...), mais aussi la méfiance des pays de puissance faible ou moyenne (Pologne, République Tchèque) qui ont
l'héritage soviétique et qui se méfient des grandes puissances fondatrices, sans parler de ces français (excusez-moi d'être méprisant mais je ne peux pas m'en empêcher...) à qui il faut systématiquement répéter que le libre-échange peut profiter même à notre pays si on fait preuve
d'un peu d'audace et si on veut bien
se réconcilier un jour avec nos entreprises.
II) Honte d'être français
En ce qui me concerne, je ne sens à présent
beaucoups plus européen que réellement français. Même Nicolas Sarkozy, qui a pourtant soutenu un programme libéral pendant la campagne présidentielle, est allé contester le fonctionnement de la Banque Centrale Européenne pour demander (comme Ségolène Royal...) sans l'obtenir un
gouvernement de la zone euro. C'était en réalité un
moyen de justifier les déboires de l'économie française et de
détourner l'attention de l'opinion publique . Pouvez-vous m'expliquer pourquoi nos partenaires européens ont des meilleures performances que la France, avec strictement les mêmes contraintes budgétaires, la même rigueur sur les prix (inflation fixée à 2% par la BCE...)?
C'est François Mitterand lui-même, un socialiste français, qui avait accepté en 1986 l'Acte Unique, qui a accomplit la constitution d'un
vaste marché unique permettant la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux, c'est la même France qui a accepté
tous les principes de la libre concurrence définis par Bruxelles, et accepté les règles du jeu qui empêchaient
toute intervention des pouvoirs publics sur les Offres Publiques d'Achat pour finalement vouloir constituer des "champions nationaux" au nom du "patriotisme économique" (le comble de l'absurdité...)...
Cette France-là, a été l'artisan du plus grand blocage institutionnel depuis 1954 et son refus de la CED (Communauté Européenne de Défense), en votant
massivement contre la Constitution Europénne en 2005 par la voie du référendum soi-disant parce qu'elle serait anti-social et "ultra-libérale"...même si elle avait voté
majoritairement oui au traîté de Maastricht en 1992...
C'est encore cette France qui la nuit du 22 juin a gentiment obtenu le retrait de
la concurrence "libre et non faussée" des impératifs du nouveau Traîté simplifié. Ainsi ce sera la loi du plus fort qui sera de rigueur, laissant des monopoles s'installer et abuser de leur position dominante et croquant les plus faibles, la loi de la jungle en d'autres termes...Heureusement que l'édifice européen contre les monopoles est encore suffisamment solide pour contrer les assauts protectionnistes et d'une autre époque des français...
Je rappelle que l'Europe politique passe d'abord par la constitution d'un marché et d'une monnaie unique dans le cadre de l'économie de marché et des principes de libre concurrence, comme l'a fait Bismarck dans les années 1880 pour créer l'unité allemande en vue de renforcer l'interdépendance...
Et que dire de ces députés de l'Assemblée Nationale, qui ont récemment été investis par le peuple pour leur compétence et leur sens des responsabilités et qui parlent aujourd'hui de
rejetter ce fameux Traîté simplifié obtenu
avec douleur à l'issue du sommet européen sans craindre de porter un
coup de grâce fatal à l'Europe ? Les Socialistes qualifient ce mini-Traîté de "mini-ambition" mais peut-on vraiment faire autrement dans cette Europe malade, divisée, sans projet d'avenir précis ? Avec l'intransigence britannique et polonaise, un autre projet est-il possible à l'heure qu'il est ?
III) Une seule solution, l'Europe à deux vitesses
Malgré les récentes déclarations de Mme Merkel qui ne voulaient pas d'une Europe à deux vitesses, comment faire autrement ?
N'est-ce pas déjà le cas avec l'Euro ?
Treize pays l'ont déjà (et bientôt Chypre et Malte) et on n'a pas attendu les britanniques, les Danois et les Suèdois pour instaurer une monnaie unique....Cela n'a pas empêché l'Europe d'avoir des performances économiques très satisfaisantes (sauf la France...) et de renforcer ce sentiment européen qui est justement en panne aujourd'hui...
Que seraient les Etats-Unis d'Amérique avec 50 Etats membres sans une monnaie commune comme le dollar ?
Que peut-on attendre des Anglais qui veulent même remettre en cause la Charte des droits fondamentaux ? Si ils ne veulent même pas d'un Ministre des Affaires étrangères (Javier Solana), ils n'ont qu'à se marginaliser
comme ils l'ont toujours fait et cela n'empêchera pas l'Europe de continuer à avancer. De toute façon son rôle aujourd'hui est particulièrement modeste, et l'Europe supra-nationale n'est pas prête de se constituer avec des citoyens qui ont de telles
motivations contradictoires...
Une petite touche d'optimisme malgré toutes ces constatations pessimistes, une récente enquête d'opinion dans toute l'Europe a révélé que
66% des français avaient une opinion positive de l'Europe et 90% des polonais étaient globalement satisfaits de l'Union Européenne, malgré les gesticulations des frères pachidernes Kazcynski...